12/12/2014

La leçon des radars

Du jamais-vu depuis... le début des années 1950. Au-delà de la symbolique dérisoire des chiffres ronds, ce nouveau recul de la mortalité routière est le résultat d'un effort de plus de trente ans qui s'est accéléré ces trois dernières années avec l'apparition des radars automatisés, pourtant très décriés.


La France revient de loin. La prise de conscience remonte à 1972, lorsque Jacques Chaban-Delmas était à Matignon. Cette année-là, tous les records avaient été battus : 400 000 blessés et plus de 16 000 morts sur les routes de France. Une hécatombe, alors que la circulation n'avait pas atteint la densité que nous connaissons aujourd'hui. Les foyers français n'en étaient pas à rêver d'une seconde voiture ; le réseau autoroutier était très imparfait ; le transport de marchandises empruntait encore amplement le chemin de fer ou la voie d'eau. Mais notre réseau était alors parmi les plus dangereux du monde occidental. Deux à trois fois plus que ceux de Grande-Bretagne ou d'Allemagne.


Face à un tel fléau, les gouvernements n'ont eu d'autre choix que d'imposer des règles toujours plus contraignantes. Et pourtant, malgré les protestations et les polémiques, les bilans n'ont cessé de s'alléger année après année. Même si le constat a quelque chose d'agaçant, il faut bien reconnaître qu'à chaque nouvelle mesure correspond un palier dans la baisse : la limitation de vitesse et le port obligatoire de la ceinture dans les années 1970, l'abaissement de l'alcoolémie autorisée au tout début des années 1980, le permis à points et le contrôle technique décidés dans les années 1990 par Michel Rocard. A contrario, on a constaté une stabilisation à 8 000 tués par an pendant la durée du gouvernement Jospin. Ce dernier s'était fait fort de diviser le chiffre par deux, mais sans proposer de nouvelle mesure. Les seules incantations de Jean-Claude Gayssot n'ont pas suffi.


Une nouvelle rupture est clairement apparue en 2002, lorsque Jacques Chirac a pris l'engagement de faire de la sécurité routière l'une des grandes priorités de son second mandat. Énergiquement soutenu par son ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, le président de la République a engagé l'installation de ces radars automatisés. Une décision courageuse parce qu'a priori très impopulaire. L'effet psychologique a dépassé les prévisions les plus optimistes. Sans attendre que le premier radar ne soit mis en service, les esprits ont soudain évolué. Les Français ont spontanément levé le pied. On a compté, depuis, près de 40% de tués en moins sur les routes, soit autant de vies fauchées et de familles brisées en moins. Du jamais-vu en Europe. Un résultat qui pèse lourd dans le bilan d'un homme public.


Au-delà, cette affaire des radars apparaît comme une belle leçon de volonté politique dans l'intérêt bien compris des Français. En quatre ans, le coût exorbitant des accidents de la route pour la collectivité est passé de 30 à 24 milliards d'euros par an pour un investissement de 400 millions (l'achat des 1 000 premiers radars). Quel dommage d'avoir tant attendu !

Publié dans Auto Moto | Lien permanent |  Facebook | | |